Liturgy + Gunslingers

La description officielle du quatuor de Brooklyn fait part d'un "Pure Transcendental Black Metal" ; Liturgy est le plus bel exemple actuel de la possibilité de proposer une vision radicalement ouverte de ce style, en ce qu'il reprend à la fois les codes du métal, mais finalement davantage ceux de la tradition indé/expérimentale new-yorkaise. Les influences déclarées vont de Nusrat Fateh Ali Khan à Steve Reich, en passant par les héros du métal et Angelo Badalamenti. Tout cela dans une musique solaire. On retrouve en effet chez Liturgy bien entendu les éléments fondateurs du métal: grande maîtrise technique, guitares saturées, batteries précises et rapides. On y retrouve ensuite le goût de l'expérimentation et le tropisme déstructurant, qu'on retrouve plus souvent dans la noise, le kraut-rock, des éléments de musique concrète, et même les mélodies chères à nos groupes rock indé américains préférés.


Côté déploiement d’énergies occultes, si Gunslingers est la preuve que mélanger post-punk, psychédélisme apocalyptique, rock sombre et incantatoire est possible au sein de la scène indé actuelle, c’est au prix d’un jusqu’au-boutisme jubilatoire, souvent proche de la perte de contrôle. Chez ces grenoblois aussi, les structures alambiquées sous-tendent une instrumentation réellement ravageuse : batterie précise et fougueuse, basse percutante et explosive, et surtout guitare et chant criards ; ce chaudron d’énergies pas très claire poussera Julian Cope a en faire de leur second disque son album du mois lors de sa sortie, et des petits papes du garage-rock expérimental aux Etats-Unis. Après avoir prêché leur bonhomie au cours de deux tournées dans les clubs/saloons américains, la Niche est très fière de s’associer à leur œuvre de prophétisation tentaculaire.